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Le contraste comme condition de la perception

Où il est soutenu que le sans contraste, aucune perception, aucune connaissance ne serait possible.

« La vérité a besoin de mensonge – car comment la définir sans contraste? » (Paul VALERY, Cahiers, Mélange)

Le contraste est une notion connue de tous, omniprésente. En photographie, l’on parle souvent de fort contraste ou au contraire de faible contraste. L’on désigne ainsi la différence entre tons foncés et tons clairs. Plus celle-ci est forte, plus le contraste est élevé.

Lorsque l’on dit d’une photographie qu’elle n’est pas contrastée, l’on entend qu’elle présente un faible contraste. Même cette photographie peu contrastée est tout de même contrastée, sous peine de n’être plus une photographie. Le contraste est ainsi omniprésent, même si ses degrés sont des plus variés.

Que signifie l’absence de contraste? L’absence de contraste ne signifie pas uniquement l’absence de photographie, elle signifie bien plus, à savoir l’absence de toute perception. La perception, photographique et plus généralement cognitive et intellectuelle se fait toujours pas contraste, elle naît et vit de la Différence, qui n’est pas sans rappeler une certaine « Différance » de Derrida.

Ce qui fait d’une table une table est bien le fait qu’elle se distingue de son environnement, je peux en distinguer les pieds, le plateau. Sa couleur, sa matière sont différentes de celles de ses circonstances et donc des autres objets qui existent.

Un objet d’une couleur unie, ou un papier photo non encore exposé ne peut être perçu que parce qu’il se distingue du monde extérieur dans lequel il se trouve. Imaginons un instant un papier photographique non exposé, d’un blanc immaculé, qui aurait une surface occupant tout notre environnement. Nous ne percevrions ainsi plus rien. Même la texture du papier est formée de différences, d’inégalités, en un mot de fibres. Sans contraste, sans différence, nous ne sommes nulle part, ne connaissons rien, et ne percevons rien. L’absence de contraste n’est autre qu’une uniformité éternelle et imperceptible, une image de la mort, en quelque sorte.

Le contraste est nécessaire au fonctionnement de l’esprit humain, contraste qui rappelle l’analyse structuraliste des mythes faite par Claude Lévi-Strauss qui suppose un fonctionnement binaire de l’esprit humain. Sans contraste, il n’est pas de binaire possible.

Concevoir l’égalité parfaite, l’absence totale de différences, de contrastes c’est regarder au-delà du monde tel que nous pouvons le percevoir, c’est dépasser notre entendement, l’excéder mais sans toutefois nous permettre de l’observer, de le comprendre. Il ne s’agit donc pas d’un dépassement métaphysique de notre entendement, mais bien plutôt d’un aveuglement de celui-ci.

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Toute perception et ainsi toute connaissance suppose nécessairement un contraste.

© Louis Frédéric MUSKENS – Tous droits réservés